• La mariée morte; conte russe

    La Mariée morte est un conte oral populaire russe du XIXe siècle racontant l'union malencontreuse d'un prince et d'une mariée défunte.

    La mariée morte

     

    Il était une fois un jeune homme qui vivait dans un village en Russie. Il était sur le point de se marier, et lui et son ami se préparaient à aller dans le village où sa future femme vivait, à deux jours de marche de son propre village.

    La première nuit les deux amis décidèrent de camper près d'une rivière. Le jeune homme qui allait se marier remarqua un bâton étrange dans le sol, qui ressemblait à un doigt décharné. Lui et son ami commencèrent à plaisanter sur ce doigt décharné sortant du sol et le jeune homme qui allait se marier prit l'alliance dans sa poche et la plaça sur l'étrange bâton. Et puis il commença à faire la danse de mariage autour du bâton ; il dansa trois fois autour du bâton avec l'alliance et il chanta la chanson juive de mariage, et il récita tout le sacrement de mariage alors qu'il dansait autour du bâton, tout en riant avec son ami.

    Leur amusement s'arrêta soudainement quand la terre se mit à gronder et à trembler sous leurs pieds. L'endroit où était le bâton s'ouvrit et un cadavre à l'air très débraillé émergea, un cadavre vivant, elle avait été une mariée, mais maintenant c'était à peine plus qu'un squelette tenu par des lambeaux de peau, portant toujours une vieille robe de mariage en soie. Des vers et des toiles d'araignée pendaient sur le corsage autrefois perlé et le voile déguenillé.

    Les deux jeunes hommes étaient horrifiés.

    « Ah », dit-elle, « tu as fait la danse de mariage et prononcé les vœux de mariage et tu as mis l'alliance à mon doigt. Maintenant nous sommes mari et femme. J'exige mes droits en tant que mariée. »

    Frissonnant avec terreur devant les paroles de la mariée, les deux jeunes hommes s'enfuirent au village où la jeune mariée attendait de se marier. Ils allèrent directement chez le rabbin.

    « Rabbin », demanda le jeune homme hors d'haleine, « j'ai une question très importante à vous poser. Si par hasard vous marchez dans les bois et vous voyez un bâton qui ressemble à un long doigt décharné sortant du sol et vous mettez l'alliance sur le doigt et vous faites la danse et vous prononcez les vœux de mariages, est-ce effectivement un vrai mariage ? »

    L'air très perplexe, le rabbin demanda, « As-tu vécu pareille situation ? »

    « Oh non, non, bien sûr que non, c'est juste une question hypothétique. »

    Caressant pensivement sa longue barbe, le rabbin déclara, « laisse-moi y réfléchir. »

    Et à cet instant précis, une grande rafale de vent ouvrit brusquement la porte, et la mariée entra. « Je revendique que cet homme est mon mari, car il a placé cette alliance sur mon doigt et prononcé les vœux solennels de mariage, » exigea-t-elle, son doigt décharné cliquetant tandis qu'elle le secouait devant son futur époux.

    « C'est effectivement un problème très sérieux. Je vais devoir consulter d'autres rabbins, » déclara le rabbin.

    Bientôt tous les rabbins des villages alentours furent réunis. Ils organisèrent une conférence, tandis que les deux jeunes hommes attendaient anxieusement leur décision.

    La mariée attendait sur le porche en tapant du pied, en disant, « Je veux célébrer ma nuit de noce avec mon mari. »

    Ces paroles effrayantes firent se dresser tous les poils du jeune homme, bien qu'il s'agissait d'une chaude journée d'été.

    Alors que les rabbins étaient en conférence, la vraie mariée arriva et voulu savoir quelles étaient toutes ces histoires. Quand son fiancé expliqua ce qui venait d'arriver, elle commença à pleurer, « Oh, ma vie est ruinée, tous mes espoirs et mes rêves sont brisés ; Je ne serai jamais mariée, je n'aurai jamais de famille. »

    C'est alors que les rabbins sortirent et déclarèrent : « As-tu effectivement placé une alliance sur le doigt, et as-tu dansé trois fois autour et as-tu effectivement prononcé les vœux de mariage dans leur intégralité ? »

    Les deux jeunes hommes qui pendant ce temps s'étaient tapis dans un coin hochèrent de la tête.

    L'air très sérieux, les rabbins retournèrent dans leur conférence.

    Et la fiancée pleura des larmes amères, tandis que la mariée jubilait en pensant à sa nuit de noce attendue depuis longtemps.

    Après un court instant les rabbins sortirent solennellement, prirent leurs sièges, et annoncèrent, « Comme tu as mis l'alliance au doigt de la mariée et que tu as dansé autour du doigt trois fois en récitant les vœux de mariage, nous avons déterminé que cela constituait une véritable cérémonie de mariage. Cependant, nous avons décidé que les morts n'avaient pas de revendications à avoir envers les vivants. »

    Des murmures et des chuchotements pouvaient être entendus dans tous les coins, et la fiancée était particulièrement soulagée.

    La mariée, cependant, hurla, « Oh, ainsi part ma dernière chance pour une vie ; Mes rêves ne deviendront jamais réalité maintenant, c'est perdu pour toujours, » et elle s'effondra sur le sol. C'était une vision pathétique, un tas d'os dans une robe de mariage déguenillée, étendu là, sans vie.

    Submergée de compassion pour la mariée, la fiancée se mit à genoux et rassembla ce vieux tas d'os, arrangeant soigneusement la parure de soie déchirée en la tenant près, chantant et murmurant à la fois, comme pour consoler un enfant qui pleure, « ne t'inquiète pas, je vivrai tes rêves pour toi, je vivrai tes espoirs pour toi, j'aurai tes enfants pour toi, j'aurai assez d'enfants pour nous deux. Tu peux reposer en paix en sachant que nos enfants et les enfants de nos enfants seront bien-aimés et ne nous oublieront pas. »

    Tendrement elle ferma les yeux de la mariée, tendrement elle la tint dans ses bras et lentement et avec des pas mesurés elle marcha vers la rivière avec sa charge fragile, l'emmena vers la rivière où elle creusa une petite tombe pour elle et l'y déposa, et croisa les bras décharnés sur la poitrine décharnée, la main étreignant celle avec l'alliance, et replia la robe de mariage autour d'elle.

    Puis elle murmura, « Puisses-tu reposer en paix, je vivrai tes rêves pour toi, ne t'inquiète pas, nous ne t'oublierons pas. »

    La mariée sembla heureuse et en paix dans sa nouvelle tombe, comme si elle savait que d'une façon ou d'une autre elle s'accomplirait à travers cette jeune mariée. Et la fiancée couvrit lentement la mariée et la robe de mariage déguenillée dans la petite tombe, couvrit le tout avec de la terre, puis déposa des fleurs et des pierres tout autour de la tombe.

    Puis la jeune mariée retourna vers son fiancé et ils se marièrent lors d'une cérémonie très solennelle et vécurent heureux. Et on raconta toujours à leurs enfants, petits-enfants et petits-petits-enfants l'histoire de la mariée ; ainsi elle ne fut pas oubliée, ni la sagesse et la compassion qu'elle leur avait apprises.

     (source: wikipédia)